Ballot-Flurin : un miel bio exceptionnel

28/01/2026

Découvrez l’entreprise qui soigne avec du miel et défie les règles du marché avec constance et convictions.

Il y a des pots de miel dans les rayons des Biocoop, des flacons de propolis blanche sans alcool dans des pharmacies, et un chiffre d’affaires qui dépasse les huit millions d’euros. À Maubourguet, dans les Hautes-Pyrénées, Ballot-Flurin continue de creuser son sillon singulier dans le paysage du bio français. Pionnier de l’”apiculture douce”, défenseur acharné d’une relation non violente avec les abeilles, l’entreprise familiale incarne un contre-modèle industriel qui s’est taillé une place dominante dans un marché en tension.

C’est en 1976 que tout commence. Catherine Flurin, 20 ans, fille de médecin thermal et étudiante fascinée par les abeilles, s’inscrit à une formation en apiculture. Ce qu’elle y découvre ne correspond en rien à ce qu’elle imaginait : pratiques brutales, antibiotiques, désherbants, reines tuées sans ménagement. L’industrie impose ses logiques, et elle les refuse. Avec son mari Philippe Ballot, elle fonde Ballot-Flurin Apiculteurs en 1982, au pied des Pyrénées. L’ambition est claire : ne pas dominer les abeilles, mais coopérer avec elles.

Dès le départ, la démarche détonne. Catherine Flurin participe à la rédaction du premier cahier des charges bio pour l’apiculture, inspirant Nature & Progrès. Ballot-Flurin sera la première entreprise française à proposer des préparations apicoles certifiées bio. Quarante-huit ans plus tard, elle emploie entre 63 et 75 salariés, gère 700 ruches entre Pyrénées et Provence, et affiche un chiffre d’affaires en hausse de 17,6 % en 2024, à 8,13 millions d’euros. Elle revendique le rang de numéro un français de l’apithérapie.

Une méthode apicole à contre-courant de l’industrie

Le cœur du projet repose sur une méthode maison : l’Apiculture DOUCE®. Ce concept, déposé et encadré par un cahier des charges précis, structure toute la filière. Les 80 apiculteurs partenaires doivent en respecter les principes. Pas d’enfumoir, pas de scaphandre. Si les abeilles piquent, c’est qu’elles ne sont pas d’accord. Les reines ne sont ni tuées ni remplacées brutalement. Celles qui ne produisent plus sont placées dans des ruchers de retraite. La récolte se fait sans gêner les butineuses, uniquement sur les excédents. En cas de disette, l’entreprise ne distribue pas de sucre industriel, mais un sirop à base de miel et de plantes biodynamiques.

L’ensemble s’inscrit dans une vision holistique qui tient compte des rythmes lunaires, solaires et cosmiques. Chaque apiculteur partenaire suit une formation sur la psychologie des abeilles et apprend à maîtriser son état émotionnel lors des interventions. La méthode inclut la création de sanctuaires naturels, la plantation de végétaux mellifères, et des dispositifs conçus pour respecter le libre-arbitre des insectes.

Des miels rares, locaux et récoltés à maturité

C’est à partir de cette base que Ballot-Flurin construit sa gamme. Des miels rares issus de micro-terroirs – le rhododendron des Pyrénées à 1 500 mètres d’altitude, le thym officinal, le sapin, le romarin, le miel de haute montagne – sont récoltés dans un rayon maximal de 800 kilomètres autour du site de production. Le modèle est locavore, mais avec des volumes qui permettent une distribution structurée : 300 points de vente en France et à l’étranger, essentiellement en Belgique et en Espagne. Le marché asiatique est en cours d’exploration, surtout pour les produits transformés.

Depuis 2024, certains miels sont aussi certifiés Demeter, le label de l’agriculture biodynamique. Le cahier des charges y est strict : interdiction du chauffage au-delà de 35°C, interdiction de l’extraction sous pression, obligation de laisser au moins 10 % du miel à la ruche. L’environnement du rucher est traité avec les préparations classiques de la biodynamie, comme la silice ou la bouse de corne.

Tous les miels ont en commun d’être crus, ni chauffés ni mélangés, ce qui leur permet de conserver leurs enzymes, minéraux et antioxydants. Ils sont récoltés à maturité, selon des méthodes douces, et dynamisés à l’aide de procédés développés par l’entreprise elle-même – six au total, dont certains sont brevetés. Les préparations sont placées dans un sas de dynamisation devant les ruchers pendant 36 heures, selon des principes de géobiologie. Des tests de cristallisation ont permis d’observer une modification structurale des produits après dynamisation.

Recherche scientifique et brevets sur la propolis

Au-delà du miel, Ballot-Flurin s’est imposé sur le marché de la propolis. Cette résine, récoltée par les abeilles sur les bourgeons, est au centre d’un brevet déposé par l’entreprise (FR 07-54648) pour un procédé unique de récolte et d’extraction. Entre 2013 et 2015, l’Université d’Angers a mené des recherches qui ont permis de valider plusieurs propriétés : un pouvoir antioxydant cinq à six fois supérieur à l’extrait de romarin (E392), une activité anti-AGEs, une action antifongique sur les levures du genre Candida et antibactérienne sur Staphylococcus aureus, y compris les souches résistantes.

L’entreprise a ensuite développé un extrait aqueux de propolis blanche sans alcool, destiné aux publics sensibles : enfants, femmes enceintes, peaux réactives. Des tests in vivo ont montré des effets positifs sur les irritations cutanées, sensibilités buccales et inconforts intimes. En 2024, Ballot-Flurin a remporté le Trophée Cosmébio dans la catégorie Innovation Durable pour son Dermo Soin Apaisant, qui associe propolis blanche, eau thermale de Cauterets, miel de lavande et macérat huileux de calendula.

Un site de production aligné sur les principes maison

À Maubourguet, l’entreprise a construit la Bee Factory, une “usine-jardin” de trois hectares. La production y est artisanale, en petites séries, sans sous-traitance, avec une logistique internalisée. Les bâtiments sont conçus sans plastique, avec des matériaux naturels. La laine de mouton a remplacé le polystyrène pour protéger la gelée royale. Des arbres mellifères sont plantés en agroforesterie pour nourrir les abeilles en plaine. Le site est ouvert au public, avec des visites organisées tous les jeudis et une Journée de l’Abeille chaque année.

L’entreprise est désormais cogérée par Rémi Ballot, fils de la fondatrice et diplômé de HEC. Il pilote une croissance maîtrisée, en maintenant les principes de départ. Avec 150 préparations, 80 apiculteurs partenaires et un réseau sélectif de distribution – magasins bio, pharmacies, boutiques producteur –, la structure affiche une progression régulière. Les prix pratiqués (de 8,50 à 20 euros le pot) s’inscrivent dans un positionnement premium assumé.

Le contexte de marché reste favorable. La consommation annuelle française de miel atteint 45 000 tonnes, alors que la production nationale plafonne à 31 800 tonnes, dont seulement 4 978 en bio. Environ 600 apiculteurs certifiés bio se partagent ce segment. Le chiffre d’affaires du miel bio produit en France est estimé à 18 millions d’euros. Ballot-Flurin, avec ses 8,13 millions, en capte près de 45 %.

L’entreprise doit toutefois gérer la variabilité des récoltes, liée au climat et à la floraison, et maintenir sa cohérence dans ses choix d’expansion. Les matières premières sont locales, ce qui limite l’export des miels. La croissance passe surtout par les cosmétiques et compléments. La question de la transmission reste ouverte. Catherine Flurin a 68 ans. Le modèle repose sur une cohérence forte. Il lui faudra aussi tenir dans la durée.

Image placeholder

Journaliste | Santé & Alimentation

Laisser un commentaire